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La tradition Anabaptiste face aux passages bibliques controversés

Chaque passage controversé de cette collection et la façon dont les lecteurs Anabaptiste le comprennent — selon leurs propres termes, aux côtés de l’article complet présentant la lecture de chaque autre tradition.

  1. Pierre et le roc

    Pierre est-il le roc sur lequel l'Église est bâtie, et la papauté repose-t-elle sur ce passage ?

    Les clés sont données à l'assemblée locale ; le roc est la confession de foi ou le Christ.

    Les premiers anabaptistes, comme Balthasar Hubmaier, ont soutenu que l'autorité de lier et de délier appartient à l'assemblée locale et visible des croyants baptisés, et non à une hiérarchie cléricale. Cette autorité s'exerce par le discernement communautaire et la discipline ecclésiale pour préserver la pureté de la communauté. La confession du Christ est fondatrice, et le fait de porter sa croix est compris littéralement comme la non-résistance et la disposition à souffrir plutôt qu'à infliger le mal.

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  2. La foi et les œuvres

    Une personne est-elle justifiée par la foi seule, ou aussi par les œuvres ?

    La vie de disciple exige une foi vivante qui s'exprime par les œuvres et la paix.

    La théologie anabaptiste considère Jacques 2 comme une pierre angulaire de la vie de disciple (Nachfolge), rejetant toute séparation entre la foi et l'obéissance au Sermon sur la montagne. Elle distingue une foi morte et historique — que possèdent même les démons — d'une foi vivante et régénératrice qui produit nécessairement le fruit de l'Esprit ; la critique socio-économique de Jacques 2:1-13 fonde une vie d'Église égalitaire et l'entraide mutuelle. Éphésiens 2:10 fait l'objet d'une insistance particulière : les croyants sont l'ouvrage de Dieu créés pour de bonnes œuvres, ce qui s'oppose à la « grâce à bon marché ». Éphésiens 2:14-16 est lu comme l'établissement d'une réalité socio-politique nouvelle et visible où les inimitiés ethniques et nationales sont abolies, fondant ainsi le pacifisme et une allégeance première envers la maison transnationale de Dieu.

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  3. Ceci est mon corps

    En quel sens le pain et le vin sont-ils le corps et le sang du Christ ?

    Le pain et la coupe sont des signes mémoriels de l'alliance communautaire et de la vie de disciple.

    Les anabaptistes conçoivent la Sainte-Cène comme un mémorial et non comme une transformation sacramentelle. Le pain et le vin sont des symboles qui appellent les croyants à se souvenir des souffrances du Christ et à s'engager les uns envers les autres dans l'amour et la non-violence. Balthasar Hubmaier décrivait la Cène comme un engagement de fidélité mutuelle et une disposition à donner sa vie. Jean 6 est lu spirituellement : manger la chair du Christ signifie intérioriser son enseignement et suivre son chemin de croix. Le rite est généralement célébré dans le cadre de la discipline ecclésiale et de la responsabilité éthique partagée.

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  4. Le baptême

    Le baptême est-il nécessaire au salut, et les nourrissons doivent-ils être baptisés ?

    Le baptême suit une foi consciente ; il ne sauve pas ; pas de baptême des nourrissons.

    Les anabaptistes affirment que Jean 3:3-8 exige une renaissance intérieure avant tout baptême extérieur ; Hubmaier soutenait que le baptême de l'Esprit doit précéder celui de l'eau. La séquence d'Actes 2:38 (écouter, se repentir, être baptisé) exclut les nourrissons. Le baptême est un engagement de disciple et non un moyen de régénération. La mise en commun des biens et la vie de disciple découlent de la nouvelle naissance.

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  5. La prédestination

    Dieu choisit-il qui sera sauvé, et sur quelle base ?

    Dieu n'endurcit que ceux qui rejettent d'abord la grâce ; l'élection est collective et vocationnelle.

    Les premiers anabaptistes rejetaient la double prédestination, soulignant la responsabilité humaine et la capacité de répondre à Dieu. Hubmaier soutenait que Dieu n'endurcit que ceux qui rejettent obstinément la grâce, préservant ainsi la liberté d'action et niant que Dieu soit l'auteur du péché. L'élection de Jacob plutôt que d'Ésaü est collective, historique et vocationnelle pour le plan de salut de Dieu, et non une affaire de destinées individuelles. La clé du chapitre réside dans sa conclusion, qui met l'accent sur la foi et non sur les œuvres. Cela s'applique à une foi vécue et volontaire.

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  6. Le salut peut-il être perdu ?

    Un véritable croyant peut-il apostasier et être perdu ?

    Les croyants peuvent déchoir ; l'exclusion vise à restaurer avant l'apostasie finale.

    Les lectures anabaptistes voient dans Hébreux 6 la preuve que des croyants régénérés ayant « goûté le don céleste » peuvent effectivement déchoir et retourner à une vie selon le monde. Menno Simons a fréquemment cité cette mise en garde solennelle pour rejeter la doctrine calviniste de la persévérance. Cette interprétation sous-tend la pratique du ban (excommunication), qui vise à préserver la pureté de la communauté visible de l'Église et à retrancher les pécheurs impénitents avant qu'ils n'atteignent le point où le renouveau devient impossible. Balthasar Hubmaier s'est aussi appuyé sur les versets 1 et 2 pour soutenir que le repentir et la foi doivent précéder le baptême, défendant ainsi le baptême des croyants contre le baptême des nourrissons. Le passage est mis en œuvre par le discernement communautaire et la discipline ecclésiale, toujours dans l'espérance d'une restauration.

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  7. Les mille ans

    Qu'est-ce que le règne de mille ans, et les croyants seront-ils enlevés avant la fin ?

    Les mille ans correspondent à l'âge actuel de l'Église souffrante.

    La tradition anabaptiste a rejeté le chiliasme belliqueux de Münster pour adopter l'amillénarisme, interprétant le millénium comme l'âge présent de la croix. Les âmes décapitées d'Apocalypse 20, 4 sont au cœur de l'identité anabaptiste en tant qu'Église de martyrs. L'appel à mener une vie paisible dans 1 Thessaloniciens 4, 11 fonde leur séparation d'avec le pouvoir politique. Ils récusent tout enlèvement échappatoire et insistent sur l'endurance fidèle.

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  8. Femmes et maris

    Que signifie la soumission entre femmes et maris ?

    La soumission mutuelle du verset 21 régit l'ensemble, rendant le mariage non hiérarchique.

    Au XXe siècle, le théologien mennonite John Howard Yoder a proposé une lecture pacifiste influente : le verset 21 établit un socle universel de soumission mutuelle, et les commandements adressés aux femmes et aux maris sont des applications particulières de ce renoncement à soi. Les communautés anabaptistes traditionnelles mettent également l'accent sur la Gelassenheit (abandon de soi, sérénité) et le rejet de toute autorité coercitive, privant ainsi l'autorité du mari de tout pouvoir sur son épouse. Le passage est lu comme un appel adressé aux deux conjoints à suivre ensemble le même chemin de don de soi inspiré de la croix. Cette lecture est largement reçue dans l'enseignement mennonite et au sein des Églises pacifistes apparentées, bien que certains groupes anabaptistes plus conservateurs maintiennent un schéma patriarcal traditionnel tempéré par l'amour.

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  9. Relations homosexuelles

    Que disent ces textes sur les relations entre personnes de même sexe, et abordent-ils l'orientation telle qu'elle est comprise aujourd'hui ?

    La plupart des communautés anabaptistes maintiennent l'éthique sexuelle traditionnelle ; certaines branches de Mennonite Church USA / Canada diffèrent.

    L'herméneutique anabaptiste lit l'Ancien Testament à la lumière du Nouveau ; par conséquent, certains théologiens mennonites situent Lévitique 18 dans le cadre du code de pureté d'Israël, tout en affirmant que la chasteté constitue l'arrière-plan de l'éthique néotestamentaire. De nombreuses conférences anabaptistes et le mouvement mennonite conservateur continuent d'enseigner que l'activité sexuelle entre personnes de même sexe est un péché, en s'appuyant sur Romains 1 et 1 Corinthiens 6. Cependant, certaines conférences régionales de Mennonite Church USA et de Mennonite Church Canada ont adopté des positions inclusives ou permettent à leurs congrégations de le faire. La tradition met l'accent sur le non-conformisme au monde, la discipline ecclésiale et le corps comme temple du Saint-Esprit.

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  10. Homme et femme

    Que révèle l'expression « homme et femme il les créa » sur le sexe et le genre ?

    Égale dignité et soumission mutuelle ; rejet de toute hiérarchie coercitive

    La lecture anabaptiste de Genèse 1 souligne que l'homme et la femme sont tous deux créés à l'image de Dieu et que le mandat de domination n'est pas une autorisation de dominer autrui, mais une gérance servante. Cela sous-tend une solide tradition de soumission mutuelle et le rejet de toute hiérarchie coercitive entre les sexes. Historiquement, de nombreuses communautés anabaptistes ont pratiqué le partage du leadership et de la prise de décision, bien que les ministères formels aient varié. Au cours des dernières décennies, la Mennonite Church USA, la Mennonite Church Canada et d'autres organismes anabaptistes se sont orientés vers la reconnaissance du mariage homosexuel et des identités transgenres, tandis que les groupes anabaptistes plus conservateurs conservent une approche binaire et complémentariste. La vision du royaume de paix inclut la justice de genre et la non-violence dans toutes les relations.

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  11. L'ordre de détruire

    Comment les lecteurs doivent-ils comprendre les ordres de détruire des peuples entiers ?

    La violence de l'Ancienne Alliance est rendue caduque par l'enseignement non-violent de Jésus.

    La tradition anabaptiste insiste sur une profonde discontinuité entre les alliances : l'épée matérielle ordonnée sous l'Ancienne Alliance a été remplacée par la croix et la non-résistance de la Nouvelle Alliance. Les premiers anabaptistes, comme Pilgram Marpeck, soutenaient que ces textes étaient valables pour l'Israël selon la chair, mais qu'ils n'autorisent plus la guerre charnelle pour l'Église. Les chercheurs mennonites contemporains, à l'instar de Millard Lind, soulignent les aspects subversifs de Deutéronome 20 qui ébranlent le militarisme. Ces ordres sont interprétés comme un combat spirituel contre le péché, tandis que les chrétiens sont appelés à la non-violence et à l'objection de conscience.

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  12. Le Psaume 137 et sa malédiction

    Que fait une malédiction visant des nourrissons dans les Psaumes ?

    La vengeance de l'Ancienne Alliance est supplantée par Jésus ; l'Église comme exilée souffrante.

    La théologie anabaptiste des deux règnes lit la première moitié du psaume comme un paradigme de l'Église souffrante dans un monde hostile : Babylone est le système mondial violent et coercitif, et Sion est la pure Église des croyants. Les premiers dirigeants comme Dirk Philips ont appliqué cela aux anabaptistes persécutés. Concernant les imprécations, Pilgram Marpeck soutenait que le désir vétérotestamentaire de vengeance physique a été explicitement supplanté par les commandements de Jésus dans le Sermon sur la montagne. Ainsi, le désir d'écraser des nourrissons est perçu comme une réalité charnelle de l'ère ancienne, interdite aux chrétiens. Le psaume éclaire le discernement communautaire quant au refus de se conformer au monde et au témoignage fidèle d'une minorité.

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  13. L'esclavage

    La Bible cautionne-t-elle l'esclavage, et comment ces textes ont-ils été utilisés ?

    Les lois de l'Ancien Testament sur l'esclavage sont des dispositions civiles caduques ; le code domestique d'Éphésiens 6, relu à travers Jésus, commande des relations non coercitives qui dissolvent l'esclavage.

    L'herméneutique anabaptiste lit l'Ancien Testament à travers le prisme du royaume non violent de Jésus. Les lois civiles d'Exode et de Lévitique, y compris celles sur l'esclavage, appartiennent à l'État séculier de l'ancienne alliance et ne constituent pas l'éthique de l'Église. En Éphésiens 6, l'ordre donné aux maîtres de cesser les menaces (v. 9) est perçu comme une « subordination révolutionnaire » qui sape de fait la relation maître-esclave en éliminant la coercition. Les communautés anabaptistes se sont historiquement opposées à l'esclavage et continuent de voir dans ces textes un appel au service mutuel plutôt qu'à la domination hiérarchique.

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  14. La ligature d'Isaac

    Pourquoi Dieu ordonne-t-il à Abraham de sacrifier son fils ?

    Paradigme de la Gelassenheit : abandon à Dieu, détachement et foi obéissante.

    Les anabaptistes lisent Genèse 22 comme un modèle normatif d'obéissance vivante et active. Menno Simons utilisait la promptitude d'Abraham à sacrifier son fils pour montrer que la foi véritable s'accompagne d'actes coûteux, ne plaçant aucun attachement terrestre au-dessus du commandement de Dieu. Durant les persécutions, des parents cités dans le Miroir des martyrs invoquaient l'épreuve d'Abraham lorsqu'ils affrontaient le martyre en laissant leurs enfants derrière eux. La théologie contemporaine de la paix anabaptiste souligne l'interruption divine de la violence : Dieu fournit une alternative au sacrifice. Ce chapitre fonde la pratique d'un discipulat radical et de la confiance communautaire en la providence divine.

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  15. La fille de Jephté

    Jephté a-t-il sacrifié sa fille, et le texte approuve-t-il son geste ?

    Le chapitre illustre la déchéance spirituelle ; le vœu de Jephté était un échec violent et transactionnel.

    Les anabaptistes lisent Juges 11 à travers une grille christocentrique propre à la nouvelle alliance, voyant dans les actes de Jephté la marque d'un ancien ordre de violence dépassé par la paix du Christ. Le vœu est interprété comme une faillite théologique, une assimilation aux pratiques cananéennes et une conception transactionnelle de Dieu plutôt qu'une confiance en l'Esprit déjà accordé. Les études mennonites contemporaines désignent la fille comme une victime de la violence patriarcale et militaire, et non comme un modèle à imiter. Les croyants apprennent à refuser les serments, à faire en sorte que leur oui soit oui, et à pleurer les victimes de la guerre et du patriarcat.

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  16. Non pas la paix, mais l'épée

    Qu'entendait Jésus par apporter l'épée ?

    L'épée est la croix de la souffrance librement acceptée, jamais une arme.

    Les anabaptistes insistent sur le fait que l'épée du v. 34 ne saurait être une arme matérielle, car Jésus ordonne par ailleurs d'aimer ses ennemis et demande à Pierre de remettre son épée au fourreau. Cette épée représente plutôt la division et la persécution que provoque une fidélité conséquente de disciple, que les croyants doivent endurer comme le Christ l'a fait. Conrad Grebel s'est appuyé sur les images des brebis au milieu des loups (v. 16) et du disciple qui n'est pas au-dessus de son maître (v. 24) pour soutenir que les chrétiens ne doivent jamais prendre l'épée du monde. Menno Simons a commenté le v. 38 pour enseigner que la croix du Christ est pour le croyant une voie de renoncement et de souffrance, et non d'infliction de souffrance à autrui.

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  17. Votre père le diable

    À qui s'adressent ces paroles, et comment ont-elles été détournées ?

    Les enfants du diable sont les persécuteurs, non les Juifs ; la véritable Église est non violente.

    Historiquement, la théologie anabaptiste a appliqué Jean 8,44 aux autorités persécutrices : ceux qui usent de violence contre les fidèles montrent qu'ils sont les enfants de celui qui était meurtrier dès le commencement. C'est une critique du pouvoir étatique violent, non des Juifs. La véritable Église se caractérise par la souffrance endurée, non par la condamnation d'autrui. Dans 1 Thessaloniciens, les souffrances subies par les Thessaloniciens de la part de leurs propres compatriotes deviennent un paradigme pour l'Église persécutée. Ainsi, le passage est lu comme une consolation pour les martyrs et non comme une polémique antijuive.

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  18. Vierge ou jeune fille ?

    Le terme almah dans Ésaïe signifie-t-il « vierge » ou « jeune fille », et le verset annonce-t-il Jésus ?

    Un appel à la confiance en Dieu contre l'empire ; Emmanuel fonde un royaume non violent

    La théologie anabaptiste lit ce chapitre comme un contraste saisissant entre la peur du monde et la confiance dans le gouvernement pacifique de Dieu. L'ordre donné à Achaz est un appel radical à se confier dans la protection de Yahvé plutôt que dans des manœuvres politiques ; l'échec d'Achaz est un échec de la foi. Le signe d'Emmanuel est identifié à Jésus-Christ, dont le royaume est spirituel et non violent. La dévastation provoquée par l'Assyrie est la conséquence inévitable du choix des dirigeants de préférer la peur du monde à la foi. Les croyants sont appelés à rejeter la politique dictée par la peur et la puissance militaire.

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  19. La finale longue de Marc

    L'Évangile de Marc s'achevait-il en 16,8, et qu'en est-il des versets qui suivent ?

    Marc 16,15-16 prescrit le baptême du croyant après la foi et mandate une Église missionnaire.

    La tradition anabaptiste lit l'ordre du Christ au verset 15 comme un mandat littéral d'aller et de faire des disciples, et le verset 16 comme fixant l'ordre : entendre, croire, puis être baptisé. Hubmaier et Menno Simons ont soutenu que cette séquence exclut le baptême des nourrissons, car un nourrisson ne peut pas croire consciemment. L'Église visible est définie par ceux qui ont entendu, cru et se sont soumis au baptême comme engagement public de discipulat. Ce passage sous-tend également l'attachement anabaptiste à une Église professante, missionnaire et séparée de l'État.

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  20. Le divorce et la clause d'exception

    Quand, si jamais cela est possible, un mariage peut-il être dissous et un autre contracté ?

    Le mariage est indissoluble, sauf pour cause d'immoralité sexuelle.

    La Confession de foi de Dordrecht s'appuie fortement sur Matthieu 19:4-9 pour réaffirmer l'indissolubilité du mariage entre un homme et une femme, ne reconnaissant le divorce que sur le fondement de l'immoralité sexuelle. Les anabaptistes lisent la parole de Jésus « Moïse vous a permis... mais au commencement, il n'en était pas ainsi » comme une clé herméneutique : l'éthique de la Nouvelle Alliance surpasse la loi de l'Ancien Testament. Cela se traduit par une stricte fidélité conjugale au sein de la communauté. La tradition ne statue pas de manière uniforme sur la question de savoir si la partie innocente peut se remarier, mais le divorce n'y est jamais pris à la légère.

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  21. La dîme

    Les chrétiens doivent-ils donner la dîme, et le don apporte-t-il une bénédiction matérielle ?

    La dîme n'est pas une loi ; l'Église pratique l'entraide volontaire.

    La Réforme radicale s'est fermement opposée à l'imposition de la dîme par l'État, y voyant une oppression des pauvres. La lecture anabaptiste de Malachie 3 met l'accent sur la justice envers les travailleurs et le refus du serment, le « trésor » étant réinterprété comme la communauté des biens et l'entraide mutuelle décrites dans les Actes des Apôtres. La dîme conçue comme un pourcentage est rejetée en tant que vestige de l'ancien ordre ; à la place, les croyants partagent volontairement leurs ressources pour subvenir aux besoins. La promesse de bénédiction est collective et liée à l'alliance, et non une prospérité individuelle.

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  22. Obéir au gouvernement

    Les chrétiens doivent-ils obéir à tous les gouvernements, et y a-t-il des limites ?

    Le glaive de l'État se situe hors de la perfection du Christ ; les chrétiens s'y soumettent sans le manier.

    La Confession de Schleitheim reconnaît que le glaive de l'État est ordonné par Dieu hors de la perfection du Christ pour punir les méchants ; les chrétiens ne peuvent donc pas être magistrats, porter l'épée ou employer la force létale. Dans La Politique de Jésus, John Howard Yoder soutient que l'appel paulinien à se soumettre implique une posture non violente de subordination, et non une obéissance aveugle qui exigerait de se rendre complice de la violence étatique. Les anabaptistes obéissent aux lois, paient les impôts et respectent les autorités, mais ils maintiennent une objection de conscience envers le service militaire et la peine capitale, préférant subir les sanctions légales plutôt que de désobéir à la loi d'amour du Christ. Ainsi, l'État est légitime dans son propre domaine, mais l'Église constitue une communauté distincte régie par une tout autre éthique.

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  23. Ne jugez pas

    Qu'a interdit Jésus lorsqu'il a dit « Ne jugez pas » ?

    Interdit aux croyants de participer au jugement coercitif et de condamner autrui.

    Pour les anabaptistes, l'ordre de ne pas juger s'applique structurellement à la relation de l'Église avec l'État : les croyants ne doivent pas servir comme magistrats, manier l'épée ou prêter serment, car ces actes impliquent de condamner et de contraindre autrui. Au sein de l'Église, le commandement n'abolit pas la discipline mais la redéfinit comme une admonition fraternelle dans l'amour. Les premiers dirigeants anabaptistes considéraient cette interdiction comme partie intégrante de l'appel de Jésus à la non-résistance et à un discipulat visible. Retirer la poutre signifie d'abord incarner la voie de la croix avant de corriger autrui.

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  24. La création et l'âge de la terre

    Les jours de Genèse 1 sont-ils littéraux, et qu'enseignent ces chapitres au sujet des origines ?

    Les jours ne sont pas centraux ; la création fonde la non-violence et la gérance.

    La théologie anabaptiste lit Genèse 1–2 de manière christologique, interprétant le mandat de domination à la lumière de la seigneurie servante de Jésus plutôt que d'une maîtrise coercitive. Le régime végétarien prescrit en Genèse 1,29-30 est perçu comme le signe du royaume pacifique originel voulu par Dieu, fondant l'engagement de la tradition en faveur de la non-violence. L'ordre de « cultiver et garder » le jardin soutient la sauvegarde de la création et la vie simple. La durée des jours de la création n'est pas une préoccupation majeure ; l'attention se porte sur les relations réconciliées et la paix du Christ.

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